“Stop au ‘shrink it and pink it’ : pourquoi les chaussures de running freinent-elles toujours la performance des femmes ?”

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Vous pensiez que choisir ses chaussures de running, c’était juste une histoire de pointure et de couleur ? Détrompez-vous : pour des millions de femmes, la course à pied rime encore avec chaussures inadaptées, inconfortables, voire risquées ! Et si le progrès technologique, de la mousse PEBA à la plaque carbone, profitait (enfin) aussi à toutes les morphologies ?

Le « shrink it and pink it » : une réalité tenace

La moitié des 12,4 millions de coureurs français sont des femmes, selon l’Observatoire du Running. Pourtant, une grande partie d’entre elles court aujourd’hui dans des chaussures… conçues pour les hommes, puis « rapetissées et coloriées en rose », comme le nomme le fameux « shrink it and pink it » du Dr Christopher Napier, expert en physiologie biomédicale et kinésiologie à l’Université Simon Fraser.

  • Deux rayons séparés dans les magasins, certes… mais peu de vraies différences !
  • Le moule 3D de base reste calqué sur le pied masculin, ajusté à la baisse pour la version féminine.

Résultat ? Une adaptation superficielle, loin de répondre aux spécificités des pieds féminins.

Des différences morphologiques et biomécaniques qui comptent

Non, les pieds des femmes ne sont pas de simples mini-pieds d’homme. L’étude parue dans le British Medical Journal enfonce le clou :

  • Avant-pied plus large (proportionnellement) chez la femme
  • Talon plus fin
  • Cou-de-pied plus haut
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D’un point de vue biomécanique, ce n’est pas tout : les femmes courent avec un rythme de pas plus élevé, un contact au sol plus court, et présentent une cinématique différente (adduction maximale de la hanche accrue, chute pelvienne controlatérale accentuée). Dès lors, un chaussant identique n’offre ni le confort, ni la stabilité attendus… et peut même perturber la répartition des charges ou la foulée !

Besoins réels et profils variés : l’enquête qui tord le cou aux idées reçues

L’enquête qualitative menée auprès de femmes âgées de 20 à 70 ans, coureuses occasionnelles ou aguerries (y compris enceintes ou en post-partum), identifie les priorités lors du choix des chaussures :

  • Confort d’abord
  • Prévention des blessures
  • Performance (pour les compétitrices, à condition de ne pas sacrifier le confort)

Les critères évoqués reviennent en boucle : bout plus large, talon plus étroit, meilleur amorti. Chez les coureuses compétitives, l’envie de bénéficier aussi des dernières innovations (type plaque carbone), mais sans y laisser ses orteils sur l’autel de la technologie.

Mention spéciale aux femmes enceintes ou en post-partum : lors de la grossesse, le pied s’allonge, s’élargit, la voûte plantaire s’affaisse, la rigidité diminue. L’expérience aidant (et en vieillissant), la stabilité et l’amorti deviennent la priorité.

Performances bridées et risques accrus : un problème général

Des chaussures mal ajustées ? C’est la porte ouverte au festival des ampoules, points de pression, glissements… mais aussi à des micro-modifications de la foulée susceptibles de générer des douleurs, voire des blessures à moyen terme. Ironie du sort : les femmes, généralement moins à risque de blessure en course que les hommes selon la revue PLOS One, souffrent davantage de blessures… causées par leurs chaussures !

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Et côté performance ? Le flou demeure. La majorité des tests de développement (mousse, plaques, hauteurs de semelle, drop) sont menés sur des hommes. Les innovations qui profitent à un coureur masculin plus lourd ou qui optimisent rigidité et retour d’énergie peuvent s’avérer moins efficaces (voire contre-productives) pour la coureuse plus légère. Impossible de quantifier vraiment le désavantage actuel des femmes sur ce plan.

L’appel lancé par les chercheurs est limpide : il est grand temps que l’industrie développe des lignes spécialisées, adaptées à tous les âges de la vie – et tout particulièrement aux périodes spécifiques comme la grossesse ou le post-partum.

Le problème n’est d’ailleurs pas cantonné au running : côté football, même constat, comme le déplorait récemment le Dr Craig Rosenbloom. Là encore, les chaussures féminines sont de simples copies miniatures de modèles masculins. Conséquence ? 82% des footballeuses professionnelles déclaraient une gêne à cause de leur chaussure, selon une étude européenne.

En conclusion : choisir ses runnings, c’est d’abord écouter ses pieds ! Que vous soyez marathonienne chevronnée ou joggeuse du dimanche, misez d’abord sur le confort et le maintien – placez vos orteils comme des princesses, exigez un bon amorti, ne négligez pas votre talon. Et parce que vos besoins évoluent avec l’âge ou les étapes de la vie, n’hésitez pas à prendre conseil et à essayer plusieurs modèles en boutique… en attendant la vraie révolution des chaussures de sport pour femmes (promis, sans « rose obligatoire ») !