Faut-il dire adieu aux sneakers ? La tendance qui bouleverse la mode selon les experts

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Impossible de nier leur omniprésence dans la rue ces dix dernières années… mais serions-nous à l’aube de l’après-sneaker ? Alors que ces baskets autrefois si désirées commencent à déserter les pieds des modeux les plus pointus, les experts s’interrogent : faut-il dire adieu aux sneakers ?

La sneaker, reine déchue des années 2010-2020 ?

Les années 2010, c’était le triomphe absolu de la sneaker, devenue inséparable de toute silhouette branchée. Les années 2020, elles, ont vu s’installer un véritable règne des baskets, au point qu’en 2023, trouver une Samba adidas à sa pointure relevait du miracle. Les collaborations les plus prisées, comme celle avec Grace Wales Bonner, s’arrachaient à prix d’or, dépassant parfois les 700 euros à la revente. Le moindre partenariat entre créateurs et équipementiers (de Bode à Jacquemus en passant par Nike) créait l’émeute et les modèles en suède marron de Dries Van Noten ou les Miu Miu x New Balance faisaient office de Graal du vestiaire urbain.

Et pourtant, le vent semble tourner. Lors du dernier mois de la mode, la basket s’est faite rare aux pieds des invités. Même les journalistes et acheteuses, d’ordinaire fans de confort, préféraient ballerines, mocassins ou bottes. Les défilés continuent d’exhiber quelques beaux modèles (Nike fournissant les chaussures chez Diotima, Kallmeyer et Lii, ou la nouvelle Dries appréciée par Julian Klausner), mais dans la rue, ce n’est plus la fête à la sneaker. Selon Becky Malinsky, de moins en moins d’adolescents de son quartier en portent : un « signe évident » pour elle d’une désaffection croissante.

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Une tendance déclinante confirmée par les chiffres et l’âge

Les données n’ont pas la langue dans leur poche : les recherches pour «Samba», considéré comme archétype du moment, ont plongé de 7,3 à 5 millions par mois entre avril 2024 et aujourd’hui, soit une baisse de 32 % d’après Style Analytics. Et sur Pinterest, les recherches «sneaker outfit» stagnent depuis deux ans aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Australie et au Canada.

Fait marquant : l’engouement émane désormais d’un public plus âgé. Molly Rooyakkers, fondatrice de Style Analytics, décortique la tendance : aujourd’hui, les 25-34 ans représentent 50 % des recherches, là où les 18-24 ans se contentent de 30 %. On retrouve cette bascule pour «Samba outfit», là aussi plébiscitée par les plus âgés – preuve que la « fatigue sneaker » est avant tout une affaire de jeunes. La reine basket serait-elle devenue « has been » pour la Gen Z sur TikTok ?

Quand les alternatives mettent la sneaker à mal

Molly Rooyakkers l’avait annoncé dès 2023 dans une vidéo prémonitoire. À l’époque, elle s’attirait les foudres des passionnés. Son argument ? Il existe plus excitant et trendy que la sneaker classique : ballerines, bottes, mocassins ou Mary Janes volent la vedette. Et si un regain d’engouement est brièvement survenu avec les Dries en suède ou la Miu Miu x New Balance 530 SL, l’hypothèse de la disparition des sneakers des tendances majeures semble bien partie pour se réaliser en 2025.

Aujourd’hui, le nombre d’alternatives explose : sandales, Tabi, Vibram FiveFingers ou autres chaussures « barefoot », sans oublier la percée continue des ballerines. Les sneakers hybrides ont le vent en poupe, tout comme l’envie de s’habiller différemment, après l’ère du « tout athleisure » post-pandémie. Les marques, qui avaient longtemps vu la sneaker comme produit d’appel facile (Gucci Ace, Triple S de Balenciaga, basket compensée d’Isabel Marant…), se retrouvent devant un dilemme : comment séduire les consommateurs quand la mode réclame davantage de nouveauté ?

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Hybrides, innovation et lassitude : les clés du futur ?

La panne de l’innovation n’arrange rien. « Il n’y a pas beaucoup d’options vraiment intéressantes en ce moment, » regrette Rooyakkers, signalant la lassitude autour des modèles fins en suède. Les sneakers massives devront patienter avant un potentiel retour. Autre souci, le prix : coûts à la hausse, qualité et innovation à la baisse. Emily Gordon-Smith, directrice de contenu chez Stylus, résume le casse-tête : difficile de justifier des prix de luxe sans valeur ajoutée ou artisanat remarquable pour un produit censé rimer avec usage quotidien y compris dans la sneaker.

Au royaume des baskets, la hype du « drop » s’essouffle. Fini le suspense frénétique autour de l’arrivée d’un modèle ! L’influence part des niches vers le grand public, explique Omone Ugbome (Pacer). Conséquence : les modèles confidentiels tirent leur épingle du jeu. Les recherches pour «Nike Shox», loin derrière les Samba en volumes (1,2 million vs cinq millions), explosent chez les 18-24 ans (55 % des recherches). Cette envie d’originalité explique la montée en puissance des hybrides : snoafers (sneaker + loafer), ballerine-isations de la sneaker chez Puma, New Balance ou adidas, ou encore les « sneakerinas » dont les arrivages en boutique ont bondi de 111 % en trois mois (EDITED). Les marques de luxe montrent la voie tandis que le sportswear démocratise la tendance.

Ce brouillage des catégories colle à l’air du temps, souligne Ugbome : « Les Mary Jane sneakers et toutes ces silhouettes montrent que les gens veulent la facilité de la sneaker sans le chaos de la sneaker culture. » Les frontières s’effacent, les envies évoluent : la mode se refait chic, poussée par le retour du bureau post-pandémie. Même les pros l’affirment : « Je porte mes MM6 x Salomon façon Mary Jane pour le travail ou pour les défilés, pas forcément une sneaker classique », avoue Lucy Maguire (Vogue).

  • L’avenir passera-t-il par des silhouettes innovantes et moins formatées ?
  • Les consommateurs réclament des modèles adaptés à leur véritable mode de vie, plus qu’une nouvelle relecture des archives.
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La fin de la sneaker omniprésente ? Peut-être… sauf si les marques se décident à réinventer l’essentiel, à parler à nos vraies vies et à injecter une bonne dose d’audace et de craft au passage. Oubliez la hype, place à la (r)évolution hybride !